Radomir antic, l'architecte discret des succès espagnols
Six ans. Cela fait six ans que le football a perdu Radomir Antic, un nom qui résonne peut-être moins qu'il ne le devrait dans l'histoire du Sport espagnol. Pourtant, cet entraîneur serbe, décédé le 6 avril 2020, a eu l'hétéroclite privilège de guider Real Madrid, Barcelone et l'Atlético de Madrid, une performance unique qui ne sera probablement jamais égalée.
Un parcours atypique, des arènes de la yougoslavie aux sommets espagnols
L'histoire d'Antic est celle d'un parcours atypique, forgé dans l'acier des terrains de la Yougoslavie, où il s'est illustré tant comme joueur qu'entraîneur. Après avoir exploré plusieurs disciplines sportives durant son adolescence – basketball, boxe, échecs – il a finalement embrassé le football, remportant notamment le championnat yougoslave avec le Partizan Belgrade. Son passage en Turquie et en Angleterre, marqué par une ascension avec Luton Town et un but décisif en toute fin de match, a été crucial. Un pragmatisme inculqué par David Pleat, son entraîneur à l'époque, qui lui avait asséné une leçon mémorable : « Tant qu'il y a du monde dans les tribunes, on n'a pas le droit de changer quoi que ce soit. »
Ce réalisme, Antic l'a intégré au cœur de sa philosophie, développant un système 4-4-2 compact, laissant une marge de manœuvre aux artistes et s'appuyant fortement sur les phases arrêtées. Un héritage visible dans les équipes qu'il dirigea plus tard.

Le bref passage au real madrid, une incompréhension profonde
Son arrivée au Real Madrid en 1991, en remplacement de l'emblématique Alfredo Di Stéfano, fut prometteuse. Il mena le club madrilène à la troisième place, mais son jeu jugé trop peu spectaculaire et une gestion d'équipe rigoureuse lui valurent un licenciement surprenant, alors même que l'équipe était en tête du championnat avec trois points d'avance. Le contraste avec le football flamboyant de Johan Cruyff au Barça était saisissant, et l'absence d'Antic a contribué à la perte du titre par le Real.

L'exploit avec l'atlético : le double historique
Pourtant, c'est à l'Atlético de Madrid qu'Antic a véritablement laissé sa marque. Arrivé dans un club en crise, ayant connu dix entraîneurs en deux saisons et frôlant la relégation, il a orchestré un miracle : le double Coupe-Championnat en 1996, une prouesse inédite dans l'histoire du club. L'arrivée de Milinko Pantić, un joueur que Antic connaissait bien de la Yougoslavie, fut déterminante. Le Belge, recruté pour 500 000 euros malgré les réticences du président Jesús Gil y Gil, est devenu le maître des phases arrêtées, contribuant à 49% des buts de l'équipe. On raconte qu'une supportrice, telle était son admiration, déposait un bouquet de fleurs sur le poteau de corner à chaque match.
Diego Simeone, autre figure clé de cette équipe, dont Antic avait su déceler le potentiel, a connu une trajectoire similaire en devenant lui-même un entraîneur de renom à l'Atlético, un succès que Antic suivait avec fierté.

Un bref retour au barça, puis l'appel de la serbie
Après des expériences à Oviedo, Antic a brièvement repris son poste à Barcelone en 2003, sauvant le club d'une descente aux enfers et lui permettant de se qualifier pour la Coupe UEFA. Son parcours s'est achevé avec l'équipe nationale de Serbie, où il a mené sa sélection jusqu'à la phase de groupes de la Coupe du Monde 2010, malgré une défaite face à l'Allemagne.
Dans ses dernières années, Antic s'est retiré du monde du football, préférant suivre les matchs depuis son canapé madrilène, souvent vêtu de shorts et de tongs, entouré de multiples écrans. “Un week-end sans regarder au moins vingt matchs est un week-end perdu”, disait-il. Un homme et un passionné, Radomir Antic a dédié sa vie au football, laissant derrière lui un héritage discret mais indéniable.