Espagne : la subtile guerre contre les plaques d'immatriculation vulgaires
On ne s’en est jamais vraiment souciés, mais l’apparence de nos plaques d’immatriculation est le fruit d’une réflexion étonnamment précise. Depuis l’an 2000, la France, comme le reste de l’Europe, a adopté un système qui, au-delà de la simple identification des véhicules, a cherché à éviter un embarras potentiellement national.

Un choix linguistique hors du commun
L’objectif était double : abandonner les références géographiques, bien trop limitées, et offrir un nombre de combinaisons suffisamment large pour répondre aux besoins croissants. Mais derrière cette modernité se cache une contrainte peu connue : l’absence de voyelles. Oui, vous avez bien lu. Aucune A, E, I, O ou U ne figure dans le code européen des plaques d’immatriculation.
La raison ? Éviter la formation de mots, et pas des mots n’importe lesquels. Imaginez la polémique que pourrait engendrer une plaque affichant PIS, ANO, SEX ou même FEA. Le risque de dévaluation des véhicules portant ces combinaisons, associé à une potentielle frénésie de calculs pour anticiper les prochaines plaques litigieuses, a justifié cette exclusion.
La DGT, l'autorité espagnole compétente, a donc codifié cette aversion pour les voyelles, mais aussi pour les lettres Ñ et Q. La Ñ est exclue par sa spécificité linguistique et les difficultés de reconnaissance internationale. La Q, quant à elle, est jugée trop proche de la O, ce qui pourrait semer la confusion, surtout pour les systèmes automatisés de lecture des plaques.
Ce dernier point est crucial. Les plaques ne sont pas seulement destinées à être lues par des humains. Elles doivent être interprétables par des caméras, des radars et divers systèmes de contrôle du trafic. La clarté optique est donc primordiale. Le format actuel, avec ses 80 millions de combinaisons possibles (bien moins que les 260 millions du système provincial), est un compromis entre la diversité et la lisibilité.
Bien sûr, l’épuisement de ce système est inévitable. Les estimations pointent vers l'année 2055 comme date limite avant de devoir envisager un nouveau format. Mais pour l'instant, les plaques espagnoles, dépourvues de leurs lettres les plus familières, continuent de nous protéger de certains maux du langage, un détail subtil mais essentiel dans le paysage automobile de l'Espagne.
